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Sciences · Conservation du banteng

Les bantengs sauvages d’Australie pourraient-ils contribuer à sauver leur espèce ?

L’ambassadeur d’Indonésie souhaite engager des discussions scientifiques sur l’utilisation du troupeau de bantengs sauvages du Territoire du Nord pour contribuer au rétablissement de l’espèce dans son pays. Sa valeur potentielle n’efface pas les dégâts qu’il cause aux habitats australiens.

Rédigé 7 min de lecture

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Traduit de l’original anglais.

Environ 10 000 bantengs sauvages vivent sur la péninsule de Cobourg, en Australie — soit près de dix fois le nombre estimé de ceux qui subsistent à l’état sauvage en Indonésie. Pour un animal introduit qui dégrade les habitats australiens, cette abondance offre une possibilité inhabituelle : le troupeau pourrait devenir une ressource pour sauver à l’étranger son espèce en danger critique d’extinction. L’ambassadeur d’Indonésie en Australie souhaite que les deux pays étudient cette possibilité.⁠1

Siswo Pramono a proposé une coopération scientifique entre les parcs nationaux indonésiens et le gouvernement du Territoire du Nord, qui pourrait éventuellement conduire au retour d’animaux génétiquement adaptés. Mais il s’agit d’un appel à engager la discussion, et non d’un accord de rapatriement. Il a déclaré à ABC News qu’aucune discussion officielle n’avait eu lieu ; dans son reportage du 5 novembre, le média ne rapportait aucune réponse du gouvernement du Territoire du Nord.⁠1

Cette distinction est importante. Une population importante vivant en dehors de l’aire d’origine d’une espèce peut offrir des possibilités de conservation sans pour autant fournir automatiquement les bons animaux, une destination sûre ou une raison de laisser les dégâts environnementaux locaux sans réponse. La question n’est pas simplement de savoir si l’Australie devrait protéger les bantengs. Il s’agit de déterminer ce que cette protection permettrait, pour quelles populations et au détriment de quel équilibre écologique.

La péninsule de Cobourg se trouve à environ 200 kilomètres au nord-est de Darwin et comprend le parc national de Garig Gunak Barlu. Les bantengs qui y vivent descendent d’animaux introduits d’Asie du Sud-Est lors d’une tentative de colonisation qui a échoué dans les années 1840. Près de deux siècles plus tard, le gouvernement du Territoire du Nord indique que la péninsule abrite la plus grande population de bantengs au monde.⁠1⁠11

Les chiffres de population doivent être interprétés avec prudence. Les estimations d’environ 10 000 animaux sur la péninsule de Cobourg et d’environ 1 000 à l’état sauvage en Indonésie proviennent du reportage d’ABC, qui ne précise ni les dates des relevés ni les méthodes de comptage. Il ne s’agit pas de recensements vérifiés de manière indépendante, et le chiffre indonésien est une estimation nationale, pas le total mondial.⁠1

Un refuge, pas un sauvetage clé en main

La situation générale de l’espèce est grave. Le groupe de spécialistes des bovins sauvages d’Asie de la CSE de l’UICN indique que le banteng est passé de la catégorie « en danger » à celle d’« en danger critique d’extinction » le 28 octobre 2024, après un recul mondial estimé à plus de 80 pour cent en deux décennies, sous l’effet du braconnage et de la perte d’habitat. Ce déclin ne décrit pas un effondrement comparable du troupeau introduit en Australie.⁠19

La page d’information du Territoire du Nord sur les bantengs décrit toujours l’espèce comme vulnérable. Cette formulation a été dépassée par l’évaluation de conservation ultérieure ; elle ne doit pas être interprétée comme la preuve que la situation mondiale de l’espèce est moins urgente.⁠11⁠19

Selon Pramono, la survie en Australie a préservé une possibilité. « L’Australie est incroyable, c’est comme l’arche de Noé de la Bible », a-t-il déclaré à ABC. Sa comparaison plaide pour l’étude de la valeur du troupeau ; elle ne signifie pas que les bantengs ont déjà disparu d’Indonésie.⁠1

Il envisage une coopération dans les deux sens. Certains animaux du Territoire du Nord pourraient retourner en Indonésie s’ils étaient jugés « génétiquement adaptés » aux parcs nationaux du pays. Il a également suggéré d’introduire des bantengs supplémentaires dans le Territoire afin d’améliorer la « diversité génétique » du troupeau australien. Il souhaite que les discussions commencent entre le gouvernement du Territoire et les parcs nationaux indonésiens avant d’associer le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce. Aucune de ces suggestions ne constitue une opération de transfert d’animaux annoncée.⁠1

Le rapatriement ou la réintroduction est une possibilité, mais nous devons faire preuve de beaucoup de prudence.

Siswo Pramono 1

Il existe une raison scientifique de prendre cette idée au sérieux. Une étude de 2006 a identifié des bantengs de souche pure dans le nord de l’Australie en recourant à l’ADN mitochondrial, au séquençage du chromosome Y et à un gène nucléaire codant la lactoferrine. ABC indique que l’étude a examiné plus de 50 animaux à Garig Gunak Barlu et mis en évidence des caractéristiques génétiques qui ne sont généralement pas observées en Asie du Sud-Est.⁠7⁠1

Mais identifier une ascendance n’équivaut pas à sélectionner des animaux à relâcher. Cette découverte historique ne prouve pas que certains bantengs d’aujourd’hui seraient compatibles avec un troupeau indonésien donné, suffisamment sains pour être déplacés ou bénéfiques à la diversité génétique future de ce troupeau. Ce sont des questions distinctes qui nécessitent une nouvelle évaluation.

Un article distinct, publié en 2007, portait sur la faible diversité génétique de la population australienne, étranglée par un goulot d’étranglement. Il ne faut pas le confondre avec l’étude d’identification de 2006 ni le considérer comme une évaluation actuelle d’animaux individuels. Son sujet ne prouve pas non plus que l’ajout d’animaux au troupeau australien, comme le suggère Pramono, serait nécessairement utile. L’identité génétique et la diversité génétique sont deux considérations différentes ; un plan de conservation devrait prendre en compte les deux.⁠2⁠7

Deux paysages doivent être protégés

Les coûts pour l’Australie ne sont pas hypothétiques. Le gouvernement du Territoire du Nord indique que le pâturage des bantengs a des effets sur la végétation et que leur piétinement endommage les écosystèmes dunaires et les zones humides. Ses informations ne quantifient pas ces pertes et n’établissent pas de conséquences particulières sur les populations d’espèces indigènes. Les éléments disponibles justifient de prendre ces dégâts au sérieux, sans les exagérer en avançant des affirmations que le suivi existant ne démontre pas.⁠11

Garig Gunak Barlu est un parc national cogéré. L’intérêt international porté à ces bovins ne constitue pas en soi une nouvelle décision de gestion, un objectif de population ou un changement de politique en matière de contrôle des animaux. Une proposition visant à préserver la valeur de conservation doit aussi respecter les responsabilités liées au lieu où vivent les animaux.⁠12

Daniel Ramp, directeur du Centre for Compassionate Conservation, estime que l’Australie devrait prendre en compte la situation mondiale des animaux introduits, parallèlement à ses propres besoins en matière de conservation. Sa réserve est importante : il faut atténuer les effets sur les espèces indigènes menacées. « À quel moment faisons-nous cet arbitrage entre l’équilibre de nos besoins de conservation en Australie et ceux à l’échelle mondiale ? », a-t-il demandé à ABC.⁠1

C’est une meilleure question que de considérer les termes « sauvage » et « en danger » comme des étiquettes mutuellement exclusives. Les bantengs peuvent à la fois exercer une pression sur les écosystèmes australiens en tant qu’espèce introduite et constituer une population potentiellement précieuse d’une espèce menacée à l’échelle mondiale. Reconnaître l’un n’annule pas l’autre.

Les paysages d’accueil en Indonésie devraient eux aussi être protégés. Le braconnage, la perte d’habitat et la concurrence avec le bétail menacent les bantengs dans ce pays, tandis que l’isolement expose les populations aux risques de dérive génétique — des changements aléatoires de la variation génétique au fil des générations. Renvoyer des animaux ne résoudrait pas à lui seul ces problèmes et ne démontrerait pas qu’un site d’accueil dispose d’assez d’habitat sûr pour les faire vivre.⁠21

Ce que l’on sait

  • L’ambassadeur a proposé une coopération scientifique et des retours sous conditions. Il affirme qu’aucune discussion officielle n’a eu lieu. 1

Ce que l’on ignore

  • Les informations disponibles ne font état d’aucun transfert convenu, parc d’accueil, nombre d’animaux, calendrier ni plan de relâcher approuvé.

La suite

  • Surveillez la publication d’une réponse officielle et la décision de commander des évaluations génétiques, sanitaires et des sites d’accueil.

Les directives générales du Territoire du Nord sur les déplacements de la faune exposent les exigences relatives aux propositions et aux permis, mais elles ne prouvent pas qu’une demande concernant spécifiquement les bantengs ait été déposée ou approuvée. Il faudrait établir — et non présumer à partir de la taille du troupeau — l’autorisation administrative, l’aptitude des animaux et les bénéfices écologiques.⁠14

Pramono a identifié une ressource potentiellement précieuse, pas un plan de sauvetage déjà élaboré. La version la plus solide de sa proposition ne protégerait ni un troupeau ni un habitat au détriment de l’autre : elle vérifierait si les bantengs australiens peuvent renforcer le rétablissement de l’espèce en Indonésie tout en réduisant les dégâts qu’ils causent là où ils vivent actuellement. L’occasion est suffisamment réelle pour être étudiée. La possibilité d’en faire une mesure de conservation efficace reste à déterminer.

Tel que diffusé
  1. Cobourg Peninsula holds the world's largest population of banteng, a critically endangered wild cattle species. Indonesia's ambassador wants the introduced Australian herd protected as a possible resource for recovery back home. But these animals also damage Australian habitats. Can that herd help Indonesia's wild banteng recover while protecting the landscapes it damages?
  2. The herd lives about 200 kilometres north-east of Darwin, on Cobourg Peninsula. Garig Gunak Barlu National Park is there, far from the Indonesian populations that might eventually receive some of these animals.
  3. About 10,000 banteng are estimated to live on the peninsula, compared with about 1,000 remaining in the wild in Indonesia. Those estimates describe an Australian feral population and Indonesia's wild animals. The Indonesian figure covers that country alone.
  4. The Australian animals descend from banteng brought from South-East Asia during a failed colonial settlement in the 1840s. Their descendants have survived here for almost two centuries. That survival gives Indonesia's ambassador to Australia, Siswo Pramono, a reason to pursue conservation cooperation.
  5. Pramono says some animals could return to Indonesia if they're genetically suitable for its national parks. He also says no formal talks have taken place. He wants research cooperation to begin between Indonesian national parks and the Northern Territory government.
  6. He would bring Australia's Department of Foreign Affairs and Trade into the conversation afterward. His proposal also runs in the other direction. He suggests bringing more banteng into the Northern Territory to improve the Australian herd's genetic variety. Both ideas would need assessment.
  7. Banteng numbers globally are estimated to have fallen by more than 80 percent over two decades, driven by poaching and habitat loss. That decline underpinned the species' move from endangered to critically endangered on October 28, 2024.
  8. A Northern Territory government information page still describes banteng as vulnerable, conflicting with that later conservation assessment. The global decline describes the species' wider crisis. Australia's large introduced herd has followed a different path, making its possible conservation value worth investigating.
  9. Researchers identified pure-strain banteng genetics in more than 50 animals sampled in Garig Gunak Barlu in 2006. Those genetics weren't typically seen in South-East Asia. A separate 2007 study addressed low genetic diversity in the Australian population after its narrow founding bottleneck.
  10. The 2006 researchers examined mitochondrial DNA, the Y chromosome and a nuclear gene linked to the protein lactoferrin. Their finding identified the animals' ancestry. Choosing animals for a return would require fresh checks of their health and compatibility with a receiving herd.
  11. Banteng grazing changes vegetation, and their trampling damages sand-dune ecosystems and wetlands. Those are local costs that protection would have to address. Garig Gunak Barlu is jointly managed, so international interest in the herd also meets existing responsibilities for the park.
  12. Pramono likens Australia to Noah's ark because animals threatened in their original homes can survive here. He sees that survival as an opportunity to help preserve the species. Conservation expert Daniel Ramp places habitat protection alongside that international responsibility.
  13. Ramp says impacts on native threatened species should be reduced wherever they occur. He also argues that Australia should consider the global conservation status of introduced animals. His challenge is how to meet both responsibilities when they pull management in different directions.
  14. Indonesia's wild banteng still face poaching and habitat loss. Livestock competition adds pressure, while isolated populations risk losing genetic variety through chance changes over generations. Returning animals would have to fit a wider recovery effort that tackles those threats.
  15. A large herd overseas can offer potential breeding animals, but recovery also requires suitable receiving habitat and protection. Researchers would need to assess how many animals a receiving site could support, and whether mixing populations would help their long-term survival.
  16. Pramono's immediate request is to start the conversation. Turning it into a workable plan would require genetic, animal-health and receiving-site assessments, alongside the necessary permissions. The Northern Territory government's response to his proposal hasn't been announced.
  17. The Australian herd offers a potentially valuable resource for Indonesian recovery. Using it successfully would mean protecting native Australian habitats while choosing animals suited to a receiving herd. Those animals would also need a protected home where enough habitat remains to sustain them.

Sources15

22 sources de 15 médias· Les plus cités d’abord

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