Justice · Blessure causée par une grenade à LensDossier en cours · reportage 2 sur 2

Un élève de Lens a perdu sa main. La suspension des grenades en France laisse les questions essentielles ouvertes

L’amputation de la main gauche d’un adolescent de 15 ans a changé les pratiques policières lors des manifestations dans les lycées français. De nouvelles images apportent des éléments, mais ne permettent pas d’établir qu’il a ramassé la grenade, d’identifier la munition ni de déterminer les responsabilités.

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L’amputation de la main gauche d’un adolescent de 15 ans a changé les pratiques policières lors des manifestations dans les lycées français. De nouvelles images apportent des éléments, mais ne permettent pas d’établir qu’il a ramassé la grenade, d’identifier la munition ni de déterminer les responsabilités.

Désormais établi

  • La main gauche de l’élève a été amputée, il était toujours hospitalisé le 7 octobre, et la restriction visant les grenades dans le cadre du mouvement lycéen a été confirmée.

Un élève de 15 ans à Lens a perdu sa main gauche. Les chirurgiens l’ont amputée après l’explosion d’une grenade devant son établissement, le 5 octobre ; sa main droite a nécessité une greffe, et il a également été blessé au visage et au thorax. Le 7 octobre, il était toujours hospitalisé. Quelles que soient les conclusions des enquêteurs sur l’explosion, la blessure permanente est déjà un fait. 170 154

Sa mère a rejeté l’explication selon laquelle il aurait ramassé la grenade et annoncé qu’elle déposerait plainte dans les heures qui suivraient. S’adressant à BFMTV le 7 octobre, elle a déclaré, selon la traduction : « Ils lui ont volé sa vie. » Son témoignage ne constitue pas une conclusion d’enquête. Mais l’hypothèse selon laquelle il l’aurait ramassée n’en est pas une non plus, et elle a circulé bien au-delà de ce que permettent d’affirmer les éléments disponibles. 154

La France a désormais suspendu une capacité d’utilisation de grenades incapacitantes lors des manifestations dans les lycées, le temps de clarifier les circonstances. La restriction n’a pas de date de fin fixée, mais il ne s’agit pas d’une interdiction générale des grenades policières. La munition précise en cause, le mouvement de la main du garçon avant l’explosion et la légalité du tir de police concerné restent à établir. 123 135 108

Le 1er octobre, HeyDay News a fait état de blocages de lycées qui se multipliaient, d’incendies et d’enquêtes sur de possibles violences policières. La blessure à Lens est survenue ensuite, le lundi 5 octobre. Une instruction policière a suivi le 6 octobre, et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a expliqué publiquement la suspension le 7 octobre. Il s’agit d’une nouvelle blessure permanente et d’un changement concret dans les pratiques policières — pas d’une nouvelle mise à jour du décompte national des arrestations publié précédemment.

Ce qui s’est passé devant le lycée

Le préfet François-Xavier Lauch a situé la blessure vers 10:30, heure locale, devant le lycée professionnel Auguste-Béhal, à Lens, dans le Pas-de-Calais. Environ 200–250 élèves étaient rassemblés. Selon son récit, des pierres, des feux d’artifice et des mortiers ont été lancés en direction de la police locale, puis une compagnie de CRS a été déployée. Cela établit la version des autorités sur l’affrontement, mais pas que chaque élève a lancé quelque chose, ni que le garçon blessé l’a fait. 115 107

Le garçon habite à Wingles, à proximité, et a été transporté à Lille pour y être soigné. Dans la soirée du 6 octobre, le maire de Wingles, Sébastien Messent, a décrit son opération, l’amputation de sa main gauche, la greffe à sa main droite et ses autres blessures, précisant qu’il était sous sédation et dormait beaucoup. La déclaration initiale de Lauch, selon laquelle sa vie n’était pas en danger, ne doit pas être interprétée comme un pronostic rassurant concernant son handicap ou ses autres blessures. Aucun dossier médical public, aucune date de sortie de l’hôpital ni aucune évaluation détaillée de sa rééducation n’ont été établis. 170 107

Certains articles ont mal décrit la blessure. Dans son émission du 6 octobre, FRANCE 24 English a affirmé que le garçon avait perdu ses deux mains après avoir ramassé la grenade ; le premier article de la BBC, publié le 5 octobre, évoquait une main et des versions contradictoires. Le récit ultérieur de l’opération établit qu’une seule main, la gauche, a été amputée, et non deux. Le 6 octobre, CNN a parlé d’une perte de l’usage d’une main après une tentative de ramassage, tandis que NBC News a explicitement laissé ouverte l’hypothèse d’une grenade qui l’aurait frappé ou qui aurait explosé après avoir été ramassée. Parler d’une perte d’usage minimise l’amputation confirmée ; le fait qu’il l’ait ramassée n’est pas prouvé. 14 1 170 10 22

Le désaccord trouve son origine dans les premiers témoignages de syndicats de police. L’AFP, citant une source syndicale, a rapporté que le garçon semblait avoir ramassé une grenade de désencerclement tirée par les forces antiémeutes. Une jeune fille qui disait se trouver près de lui a déclaré à La Voix du Nord qu’il ne l’avait ni ramassée ni rattrapée. Le 5 octobre, le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, a expressément laissé ouverte la possibilité qu’il ait récupéré une grenade qui a explosé dans sa main ou qu’elle soit tombée sur lui. 1 119

Dans la soirée du 6 octobre, Thieffry a présenté une séquence policière provisoire : des sommations de dispersion, des projectiles lancés en direction des CRS, des poubelles en feu, des grenades lacrymogènes, puis au moins une grenade incapacitante. Cette reconstitution n’identifie pas l’engin à l’origine de la blessure et n’en détermine pas la trajectoire. Elle ne permet pas non plus d’établir si cet usage précis de la force était autorisé et proportionné. 171 170

Une vidéo avec un moment manquant

Des images amateurs authentifiées par franceinfo et publiées le 7 octobre à 17:16 apportent des éléments, mais pas de verdict. Une grenade tombe au sol aux pieds de deux adolescents, sur un parking, avec une ligne de CRS en arrière-plan. Un troisième adolescent, au sein d’un groupe d’une quinzaine de personnes apparemment en train de s’éloigner, se penche en tendant la main vers elle. 108

Il sort ensuite du cadre pendant quelques secondes. On entend une détonation, puis on le voit s’enfuir avec les autres. Les images visibles ne le montrent pas en train de saisir la grenade. La séquence remet en question l’explication selon laquelle elle serait tombée directement sur sa main, mais l’absence d’images empêche d’établir ce qu’il a fait de sa main avant l’explosion. Se pencher vers une grenade et la ramasser de manière visible sont deux observations différentes. 108

Le 7 octobre, franceinfo a indiqué que les enquêteurs de l’IGPN n’étaient pas encore en possession des images. Culture Infos a décrit des enquêteurs en train de les examiner. Leur réception officielle ne peut donc pas être considérée comme établie ; selon la position directement rapportée par franceinfo au moment de la publication, les images n’étaient pas parvenues aux enquêteurs. L’audition du garçon était prévue très prochainement, sans date annoncée. 108 111

L’IGPN — l’Inspection générale de la Police nationale, l’organisme français chargé de contrôler la police nationale — enquête sur des violences présumées ayant entraîné une infirmité permanente ou une mutilation. Au 7 octobre, le CRS qui tenait le lanceur au moment des faits avait été entendu comme témoin. Il était autorisé de manière générale à l’utiliser ; les enquêteurs devaient encore établir s’il était le seul à avoir lancé une grenade incapacitante et si ce tir précis était autorisé, proportionné et légitime. 108 110

Dans son compte rendu du 6 octobre, la BBC laissait entendre qu’un policier avait déjà été mis en examen précisément dans l’affaire de Lens. Par la suite, le statut établi à Lens est celui d’une audition comme témoin, et non d’une mise en examen. Les informations faisant état d’un policier mis en examen concernaient la blessure d’un autre élève à Saint-Ouen-l’Aumône. Ni l’ouverture de l’enquête à Lens ni la suspension d’une arme ne prouvent qu’une infraction a été commise. 18 108 146

Une restriction réelle, pas une interdiction générale

Actu17 a rapporté qu’une instruction du 6 octobre du directeur général de la Police nationale, Louis Laugier, suspendait « la grenade ASSD (marque Alsetex) projetée par lanceur » — une grenade ASSD d’Alsetex tirée par lanceur — uniquement dans le cadre du mouvement de protestation dans les lycées, jusqu’à ce que les circonstances de l’affaire de Lens soient établies. Cette formulation a été rapportée par plusieurs médias, mais aucun fac-similé public du télégramme n’a été authentifié. 135 133

Sur RTL le 7 octobre, Nuñez a confirmé cette pause conditionnelle, propre au mouvement. Il a évoqué une forte probabilité qu’une grenade incapacitante ait été utilisée, et non une identification définitive. Franceinfo a rapporté que la suspension faisait suite à la demande d’Emmanuel Macron, formulée après la réunion du gouvernement mardi. Les gaz lacrymogènes et les autres munitions ne sont pas visés par le champ de restriction annoncé. 123 130

Même le nom de l’arme doit être manié avec prudence. La mention, dans l’instruction, d’une « ASSD » tirée par lanceur contredit la description spécialisée de Maintien de l’ordre, selon laquelle l’ASSD d’Alsetex ne peut être lancée qu’à la main et ne contient pas de gaz lacrymogène. Dans son article du 7 octobre, Le Monde identifie la munition tirée par lanceur suspendue comme étant l’EF-SON, utilisée avec le lanceur Cobra. ASSD, EF-SON, GM2L contenant des gaz lacrymogènes et grenades anti-encerclement à billes de caoutchouc ne sont pas des appellations interchangeables. Les informations publiques ne permettent pas de résoudre cette divergence de dénomination ni d’établir quel modèle a blessé le garçon. 135 152 149 129

Les caractéristiques techniques citées à titre secondaire illustrent le danger, mais pas l’explosion de Lens. RTL reprend une description spécialisée de l’ASSD faisant état d’environ 160 décibels à 10 mètres et d’un délai d’environ 1.5 seconde. Le même niveau sonore est rapporté pour l’EF-SON ; la portée annoncée d’environ 80 mètres à un angle de tir de 45 degrés concerne cette munition tirée par lanceur, et non l’ASSD lancée à la main. Aucun de ces chiffres ne permet d’identifier la munition ni de mesurer la distance de tir à Lens. Ces descriptions signalent des risques documentés de lésions auditives graves et de blessures par fragments. « Non létal » ne signifie pas incapable de provoquer des blessures permanentes. 129 152 150

Des organisations de défense des droits contestent le caractère proportionné de l’action policière contre les manifestants adolescents ; des syndicats de police affirment que les policiers ont besoin d’options moins létales lorsqu’ils sont confrontés à des violences. Les projectiles signalés et les avertissements méritent une enquête. Ils ne rendent pas la blessure de ce garçon inévitable, ne la justifient pas à l’avance et ne constituent pas une condamnation pénale. 4

Au lycée Auguste-Béhal, l’enseignement à distance et une ligne d’écoute dédiée ont été mis en place le 5 octobre. Les cours ont repris partiellement le 7 octobre pour les élèves de terminale et ceux préparant un diplôme post-baccalauréat. Ce matin-là, la rectrice de l’académie de Lille, Sophie Béjean, a rencontré environ 200 élèves et leurs enseignants, promettant d’autres temps d’écoute et un retour dans quelques semaines ou quelques mois — sans fixer de rendez-vous. Les revendications des élèves concernant les enseignants, les remplacements, les fournitures et l’entretien des bâtiments expliquent les blocages ; elles ne peuvent expliquer la blessure causée par la grenade. 107 189 188 13

Ce que l’on sait

  • La main gauche de l’élève a été amputée, il était toujours hospitalisé le 7 octobre, et la restriction visant les grenades dans le cadre du mouvement lycéen a été confirmée. 170154123

Ce que l’on ignore

  • La munition exacte, le mouvement décisif de la main, la trajectoire et les responsabilités restent à établir. Le dépôt de plainte annoncé par la mère n’est pas confirmé.

La suite

  • Vérifier la date prévue de l’audition de l’élève, la réception des images par les enquêteurs, le dépôt effectif de la plainte et toute modification de la restriction. Aucune date de fin d’enquête ni de levée de la restriction n’a été annoncée.

Sources et documents de contexte complémentaires

Tel que diffusé 29 lignes
  1. On October 1, we reported police-force inquiries. Now a pupil has lost his left hand. France has withdrawn a stun-grenade capability from high-school protests while investigators establish what happened.
  2. The restriction has no fixed end date, but it is not a general ban on police grenades. What can the evidence establish about the injury—and what remains unresolved about the police shot?
  3. A 15-year-old was injured outside Lycée professionnel Auguste-Béhal in Lens, in northern France. He lives in nearby Wingles and was taken to Lille for treatment after the explosion on October 5.
  4. The injury occurred at about 10:30 local time, with approximately 200 to 250 pupils gathered. The initial deployment account describes stones, fireworks and mortars thrown at local police, followed by a company of CRS riot police. That does not establish that every pupil threw anything, or that the injured boy did.
  5. The pupils' demands concern more teachers, replacement cover, adequate supplies, maintained buildings and less crowded classrooms. Those grievances explain the school blockades. They cannot establish how a grenade caused this pupil's injury.
  6. The boy lost one hand, his left—not both hands. The subsequent amputation also means describing the injury simply as lost use of a hand understates the permanent disability.
  7. He underwent surgery on October 5, received a graft to his right hand, and had wounds to his face and thorax. He was sedated and sleeping extensively afterward, and remained hospitalised on October 7.
  8. His life was initially described as not in danger. That does not diminish the permanent disability or establish a prognosis for his other injuries. No public medical record, verified rehabilitation plan, discharge date or detailed long-term recovery assessment has been established.
  9. His mother rejects the pickup explanation and argues that action came only after her son lost his hand. On October 7, she announced that she would file a complaint within hours. Completion of that filing is not established.
  10. No complaint had yet been filed by the evening of October 6. The next day's announcement changes the family's stated next step; it does not prove that a formal complaint was subsequently lodged.
  11. Neither a pickup nor an intention to throw the grenade back has been established. A nearby witness rejected both pickup and catching it. Competing explanations also describe a projectile fired toward him or landing on him.
  12. The preliminary reconstruction identifies warnings to disperse, projectiles directed at CRS officers and burning bins. Police used tear-gas grenades, followed by at least one stun grenade. It does not identify the device that caused the hand injury.
  13. The precise trajectory and the legality of that particular use of force remain unresolved. The inquiry initially left open whether the boy recovered a grenade that exploded in his hand or whether one landed on him.
  14. Authenticated amateur footage published on October 7 at 17:16 shows a grenade landing on the ground at two teenagers' feet in a car park. A third teenager bends toward it with a hand extended. The visible frames do not show pickup.
  15. A CRS line is visible behind them. The third teenager is among about fifteen apparently moving away. He leaves the frame for a few seconds, a detonation is heard, and he is then seen running with the others. The sequence challenges the explanation that the grenade landed directly on his hand, but the missing view prevents it from proving what his hand did before the explosion.
  16. Investigators' formal receipt of the footage remains unsettled. The directly described position at publication was that the images had not yet reached them. The boy was expected to be interviewed very soon, but no exact date was announced.
  17. The police watchdog, IGPN, is investigating suspected violence causing permanent disability or mutilation. As of October 7, the CRS officer holding the launcher at the relevant moment had been interviewed as a witness. No Lens-specific charge is established.
  18. The officer was authorised to use the launcher. That general authorisation does not determine whether this shot was authorised, proportionate and legitimate. Investigators still need to establish whether he was the only officer to launch a stun grenade. A separate officer's formal investigation concerned another pupil's injury in Saint-Ouen-l'Aumône, not this Lens case. Opening the Lens inquiry does not prove an offence.
  19. The suspension applies only to the high-school protest movement, until the Lens circumstances are clarified. Tear gas and other munitions remain outside its stated scope. The order followed Emmanuel Macron's request after the October 6 government meeting.
  20. The reported instruction names an Alsetex ASSD grenade projected by launcher. That designation conflicts with technical descriptions of ASSD as hand-thrown only. A public facsimile of the instruction has not been verified, and the naming discrepancy remains unresolved.
  21. ASSD, EF-SON, GM2L and rubber-pellet anti-encirclement grenades are not interchangeable names. Earlier explanations suggested GM2L or an anti-encirclement grenade; one witness described an explosion consistent with GM2L. The minister described a strong possibility of a stun grenade—not definitive identification of the model responsible.
  22. The ASSD description gives approximately 160 decibels at 10 metres and a delay of about 1.5 seconds, intended to prevent pickup. The same sound level is reported for EF-SON. It cannot identify which device exploded at Lens.
  23. The hand-thrown ASSD is described as replacing hand-thrown GM2L after that use was prohibited in July 2021 because of danger to officers. GM2L contains tear gas; this ASSD description does not. The alternative launcher-round description identifies EF-SON, approximately 40 millimetres, used with the Cobra launcher and in service from summer 2025.
  24. The approximately 80-metre range at 45 degrees, with a precision margin of about 20 metres, belongs to the EF-SON description—not hand-thrown ASSD. It is not evidence of the distance of the Lens shot.
  25. These are secondary specifications, not independently extracted manufacturer tests or measurements of the explosion. Serious auditory injury and fragments are identified hazards, but the public material does not establish fragment characteristics or wound distances. Calling a weapon non-lethal does not mean it cannot cause permanent injury.
  26. Auguste-Béhal switched to distance learning and opened a dedicated listening line staffed by education professionals on October 5. A partial return was scheduled for October 7 at 10:00, following discussion with some pupils, for final-year and post-baccalaureate students.
  27. That morning, Lille academy rector Sophie Béjean met approximately 200 pupils and their teachers for a discussion requested by the education minister. She announced further listening and school-democracy sessions, and a return in a few weeks or months—not a fixed appointment. The visit did not settle pupils' anger or explain their classmate's injury.
  28. The answer is a permanent injury, a limited restriction and an unfinished investigation. Rights groups question proportionality; police unions defend less-lethal options against violent confrontations. Neither position supplies the missing evidence about this boy or establishes an officer's responsibility.
  29. The boy's anticipated interview, complete imagery and police deployment record remain consequential evidence. No inquiry completion date or fixed date for lifting the restriction has been announced. The family's complaint still requires confirmation. The boy's left-hand amputation is permanent.

Sources

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