Reportage
6 millions d’Afghans renvoyés au pays en moins de 3 ans, alors que l’aide s’épuise
Environ six millions d’Afghans ont été contraints de rentrer d’Iran et du Pakistan depuis septembre 2023, près de la moitié en 2025, submergeant les villes frontalières et un système d’aide déjà en recul.
Traduit de l’original anglais.
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Six millions. C’est le nombre désormais associé aux frontières occidentales et méridionales de l’Afghanistan, où des bus et des camions déchargent depuis près de trois ans, sans interruption, des familles venues d’Iran et du Pakistan. Depuis septembre 2023, environ six millions d’Afghans ont été renvoyés de ces deux pays voisins, souvent de force, dans ce que les analystes décrivent comme l’un des plus importants mouvements de retour d’une nationalité quelconque observés au cours des dernières décennies. 3
Près de la moitié de ce total est arrivée en une seule année. En 2025 seulement, le rythme des retours s’est accéléré si fortement qu’ils représentent désormais près de la moitié de tous les retours depuis septembre 2023, selon l’analyse de l’Afghanistan Analysts Network publiée en juin 2026. 3 Cette concentration dans le temps a transformé une campagne d’expulsions qui dure depuis longtemps en un choc : des postes-frontières conçus pour un faible flux doivent traiter des centaines de milliers de personnes en quelques semaines, tandis que les villages et les villes qui les accueillent ne disposent ni de logements, ni d’emplois, ni de salles de classe en nombre suffisant.
Depuis le poste-frontière de Torkham et Kaboul, Lyse Doucet, de la BBC, a donné un visage humain à cette statistique : celui d’enfants entrant dans un pays où ils n’avaient jamais vécu. De nombreuses personnes de retour, notamment des enfants nés et élevés en exil, découvraient l’Afghanistan pour la première fois. 2 8 La BBC a décrit ce flux comme le plus grand mouvement transfrontalier de personnes, une mesure non pas de la distance parcourue, mais du nombre de vies déracinées à la fois et de l’ampleur du nouveau départ qui leur est imposé. 2 8
le plus grand mouvement transfrontalier de personnes
La ventilation la plus détaillée disponible vient de l’Afghanistan Analysts Network, qui a indiqué le 24 juin 2026 qu’environ six millions d’Afghans avaient été renvoyés de force d’Iran et du Pakistan depuis septembre 2023, près de la moitié d’entre eux en 2025. 3 Sur ce total, 2.26 millions de personnes sont rentrées du Pakistan, dont un million en 2025 seulement. 3 Ces chiffres témoignent d’une pression sur deux fronts : des expulsions simultanées depuis l’ouest et le sud, qui s’abattent sur un même système d’accueil déjà épuisé.
Les chiffres des Nations unies rendent compte de la même accélération à une échelle plus limitée et sur une période plus courte, ce qui explique en partie pourquoi le tableau d’ensemble reste contesté. Le HCR, cité par TOLOnews le 5 juin 2026, a fait état d’environ 700,000 retours et averti que l’Afghanistan faisait face à l’une des plus grandes vagues de retours de population au monde. 5 Un chiffre ultérieur du HCR, daté du 8 août 2026, indiquait que plus de 600,000 Afghans étaient rentrés ou avaient été contraints de rentrer du Pakistan depuis le début de 2026, beaucoup en passant par Torkham. 10 Ces deux décomptes ne correspondent pas exactement au total cumulé de six millions, car ils couvrent des périodes et des axes différents, et aucune agence ne prétend recenser tous les passages.
Une journée à la frontière
Le rythme quotidien aide à comprendre le poids cumulé de ces retours. Le porte-parole adjoint des talibans, Hamdullah Fitrat, a déclaré dans un communiqué publié le lundi 15 juin 2026 que 472 familles, soit 2,523 personnes, étaient rentrées des pays voisins en une journée, dont 375 familles, soit 2,043 personnes, par Torkham seulement. 9 Il suffit de multiplier même une fraction de ce rythme quotidien par plusieurs semaines de campagnes d’expulsion coordonnées pour voir comment on arrive à des millions, ainsi que l’illusion administrative selon laquelle chaque famille pourrait être accueillie, enregistrée et réinstallée de manière ordonnée.
L’Iran est l’autre moteur de ces retours. Environ 1.5 million d’Afghans ont été chassés par l’Iran, dans le cadre d’une campagne au cours de laquelle certains rapatriés ont été accusés d’espionner pour Israël. 11 Cette accusation, qui s’ajoute aux pressions économiques et à l’hostilité de longue date envers les Afghans sans papiers, a rendu le passage de la frontière occidentale aussi effrayant que celui de la frontière orientale. Des familles y arrivent chargées d’accusations auxquelles elles ne peuvent répondre et de pertes qu’elles ne peuvent réparer.
De l’autre côté de la frontière afghane, ce n’est pas une reconstruction d’après-guerre qui les attend, mais une seconde crise. Les personnes de retour peinent durablement à reconstruire leur vie autour d’un logement, de moyens de subsistance et de l’accès à l’école. 3 Ces besoins s’ajoutent à la sécheresse et à la baisse de l’aide étrangère, une combinaison qui met les familles nouvellement arrivées en concurrence pour l’eau, le travail et l’aide au sein de communautés qui en manquent déjà. 3 L’avertissement de l’ONU rapporté en février 2026 était sans équivoque sur le fond, sinon sur les termes : le retour de millions de personnes du Pakistan et d’Iran pousse l’Afghanistan au bord du gouffre. 6
Le calendrier accentue la pression. Ces retours surviennent cinq ans après la reprise de Kaboul par les talibans, le 15 août 2021. 4 Dans les articles publiés à l’occasion de cet anniversaire, en août 2026, la période a été présentée sous l’angle des déplacements, des expulsions et d’une crise des droits humains, plutôt que de la normalisation ou des capacités d’accueil. 4 En 2026, l’Afghanistan est gouverné par un pouvoir bien implanté qui célèbre sa survie après deux décennies de guerre, mais auquel il est demandé de réintégrer des millions de ses propres ressortissants, dont beaucoup sont jeunes, ont été urbanisés ailleurs et ne connaissent pas les règles et les pénuries qui régiront leur vie.
Le problème, en toute honnêteté, est que personne ne peut dire avec précision combien de personnes sont arrivées, qui a forcé qui, ni quelles sommes ont été dépensées pour répondre aux besoins. L’État qui les accueille ne peut pas dire combien de personnes sont arrivées, et les chiffres ne concordent pas, selon un article de Kabul Signal publié le 7 août 2026, qui soulignait directement le manque de vérification. 7 Il n’existe ni ventilation exacte et vérifiée par pays et par période, ni estimation vérifiée de la part des retours forcés par rapport aux retours volontaires, ni relevé vérifié du financement consacré à l’hébergement et à l’aide, rapporté aux besoins. 7 Dans ce vide, les six millions constituent l’estimation cumulée la mieux étayée plutôt qu’une population dénombrée, établie à partir de décomptes d’agences qui se chevauchent, de rapports aux frontières et de synthèses d’analystes qui ne concordent pas entièrement.
Cette incertitude ne réduit pas l’ampleur du mouvement. Au contraire, elle explique pourquoi la réponse reste insuffisante : les responsables de la planification ne peuvent ni budgétiser, ni construire, ni recruter en fonction d’un total qui change selon les sources, tandis que les familles continuent d’arriver, qu’elles aient été comptabilisées ou non. Les enfants de Torkham qui n’avaient jamais mis les pieds en Afghanistan ne sont pas une anomalie statistique. 2 8 Ils sont à l’avant-garde d’une génération réinstallée dans des provinces frappées par la sécheresse et des villes surpeuplées, où les écoles sont déjà pleines et les cliniques rationnent déjà les soins.
Ce que l’on sait
- Environ six millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan depuis septembre 2023, près de la moitié en 2025. 3
- Les personnes de retour rencontrent des difficultés prolongées pour trouver un logement, des moyens de subsistance et accéder à l’éducation. 3
- Les retours peuvent dépasser 2,500 personnes en une seule journée et sont fortement concentrés à Torkham. 9
Ce que l’on ignore
- Il n’existe aucune ventilation vérifiée par pays et par période, ni de données fiables sur la part des retours forcés par rapport aux retours volontaires.
- Il n’existe aucun relevé vérifié du financement de l’aide rapporté aux besoins en hébergement et en services.
La suite
- Les procédures aux frontières et la réinstallation à l’intérieur du pays pourront-elles être étendues avant que l’hiver n’aggrave les besoins en hébergement ?
- Les bailleurs de fonds rétabliront-ils leur financement alors que la sécheresse coïncide avec les retours massifs ?
Sources
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Sources citées
- 6 Million Pushed Back to Afghanistan in Under 3 Years as Aid Runs Dry
- 'I've never been to Afghanistan': Six million deportees forced to start over under the Taliban
- Returning to Uncertainty: How Afghan returnees from Pakistan are struggling to rebuild their lives - Afghanistan Analysts Network - English
- Five years of Taliban rule, displacement, migration, deportation and a human rights crisis - InfoMigrants
- UN Warns of Massive Return Wave as 700,000 Afghans Return Home | TOLOnews
- Return of millions of Afghans from Pakistan and Iran pushes Afghanistan to brink, UN warns - The Economic Times
- Afghan Deportation Crisis: The Shock Kabul Cannot Absorb
- 'I've never been to Afghanistan': Six million deportees forced to start over under the Taliban - BBC News
- Forced Returns: Over 2,000 People Returned to Afghanistan Yesterday - Hasht-e Subh
- UN: More Than 600,000 Afghans Have Returned From Pakistan | Afghanistan peace campaign
- Afghanistan Displacement Crisis: A Backfire | Model Diplomat
Traduction mise à jour le 24 septembre 2026 à 18:31 UTC−5
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