Reportage
Trois mois, 26 provinces et un non immédiat
Tshisekedi a lancé un compte à rebours de trois mois pour un dialogue couvrant 26 provinces, mais, les règles n’étant pas écrites et les rebelles étant exclus, la première réponse de l’opposition a été non.
Traduit de l’original anglais.
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Trois mois. C’est toute la durée que le président Félix Tshisekedi s’est accordée pour consulter un pays grand comme l’Europe occidentale, faire remonter ses divisions jusqu’à Kinshasa et refonder l’État — alors même que se poursuit dans l’est une guerre que les pourparlers qu’il propose ne peuvent pas régler. 642
Le jeudi 27 août 2026, depuis le Palais de la Nation à Kinshasa, Tshisekedi a annoncé le lancement d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. 467 Son intitulé est délibérément très large : il associe la fin des tensions politiques, celle de la méfiance entre communautés et une refonte du fonctionnement de l’État congolais. 47
« L'ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois »
La phrase en français importe parce que presque tout le reste du processus reste à écrire. Celui-ci doit commencer par des consultations dans les 26 provinces, avant de s’achever par une conférence nationale à Kinshasa. 49 Cet ordre — se rendre d’abord dans les provinces, puis décider dans la capitale — est présenté comme une preuve d’ouverture, un moyen d’éviter la critique récurrente selon laquelle Kinshasa décide et le reste du pays en est informé après coup. 49
Mais une large représentation sur le papier ne signifie pas que les règles sont déjà établies. Au-delà de la limite de trois mois, l’ensemble du dispositif — organes d’organisation, participants, ordre du jour — devait être défini par des ordonnances présidentielles qui, selon les informations disponibles, n’étaient pas encore signées. 6 Autrement dit, on a demandé aux acteurs politiques congolais d’évaluer une invitation dont le comité d’accueil, la liste des invités et le menu n’ont pas été publiés. 6
Cette lacune a fourni à l’opposition une ouverture dans les vingt-quatre heures. Le vendredi 28 août, Joseph Edeba, membre de la Conférence des présidents de la coalition d’opposition C64, a rejeté l’initiative dans un entretien avec Actu30.cd. 3 Sa formule était concise et cinglante, et elle a depuis donné le ton à une grande partie du débat national sur le dialogue. 3
« consultation sous tutelle »
Par « consultation sous tutelle », Edeba entendait un processus contrôlé par la présidence qu’il est censé conseiller, et donc incapable de rester neutre à l’égard du bilan de cette même présidence. 3 Le C64, en tant que coalition, a ensuite opposé ce que la presse congolaise a décrit comme un non catégorique au dialogue. 10 Il ne s’agissait pas d’un appel à reporter ou à modifier le processus, mais d’un refus d’y participer. 10
Le Cadre de Concertation des Forces Politiques et Sociales a ensuite opposé un second refus, qualifiant le projet de simulacre de dialogue dépourvu d’inclusivité, de neutralité et de crédibilité. 11 La formule originale en français porte le poids institutionnel que sa traduction anglaise atténue : un simulacre de dialogue, dépourvu d’inclusivité, de neutralité et de crédibilité. 11 Pris ensemble, ces deux refus signifient que le dialogue de Tshisekedi s’est ouvert alors que les contre-pouvoirs nationaux auxquels il était destiné restaient à l’extérieur de la salle. 1011
L’autre ligne rouge concerne ceux qui ne peuvent pas participer. Tshisekedi a exclu la participation du groupe armé M23/AFC, soutenu par le Rwanda, tant qu’il reste armé et contrôle des territoires dans l’est. 257 Dans ce contexte, rapporte CGTN, il a fait référence à un accord de paix signé à Washington en décembre. 5 Le message est que les rebelles ne participent pas à un dialogue civique en tant que belligérants occupant un territoire ; ils sont traités ailleurs, au moyen d’autres instruments. 25
Cette distinction est cohérente sur le plan juridique et coûteuse sur le plan politique. Elle protège le dialogue contre le risque de devenir une négociation à laquelle participerait un acteur armé, mais confirme aussi ce que le dialogue ne peut pas faire à lui seul. 27 Il ne peut imposer ses décisions dans des zones qu’il n’administre pas, ni mettre fin à une guerre dont les principaux protagonistes armés sont explicitement exclus. 257
La mesure parallèle du gouvernement concernant l’éducation a montré toute l’étendue de cette limite administrative. Le gouvernement prévoit également de suspendre 11 universités publiques dans des zones contrôlées par les rebelles. 8 Ce chiffre a rarement été mentionné dans les commentaires sur le dialogue, mais il est à mettre en parallèle : un État qui se prépare à retirer son système universitaire d’un territoire qu’il ne contrôle pas, tout en invitant la nation à discuter de sa refondation. 8
Washington, en revanche, a choisi d’encourager l’initiative. Les États-Unis ont salué l’annonce, estimant qu’un processus inclusif pourrait contribuer à instaurer la confiance, la paix et la stabilité. 910 La déclaration américaine a délibérément placé l’adjectif « inclusif » au cœur de son message, le même terme dont l’opposition congolaise estime que le processus actuel ne répond pas aux exigences. 91011 Dans les faits, les deux camps s’accordent sur le critère, mais divergent sur le fait qu’il soit ou non respecté. 911
Les éléments qui ne figurent pas dans les sources devraient inciter à la prudence avant de porter un jugement. Les affirmations précises selon lesquelles la coalition qui boycotte le dialogue serait composée de cinq partis ou inclurait certaines personnalités nationales nommément désignées ne sont corroborées par aucune des sources fournies — celles-ci ne nomment que le C64, par l’intermédiaire d’Edeba, et le Cadre de Concertation. 31011 Aucune source fournie ne confirme la date prévue d’une marche de protestation, des listes détaillées d’invités représentant des partis et des groupes sociaux au-delà de la description générale du lancement, ni les modalités selon lesquelles un éventuel pacte issu du dialogue deviendrait une loi. 47 CGTN évoque uniquement un accord de paix conclu à Washington en décembre, dont l’année est tronquée dans la source ; les articles fournis ne détaillent aucune autre voie de négociation avec les rebelles. 5
Ce que l’on sait
- Tshisekedi a annoncé un dialogue national de trois mois le 27 août 2026, depuis Kinshasa. 67
- Les consultations doivent couvrir les 26 provinces avant une conférence à Kinshasa. 49
- Les ordonnances d’organisation définissant les organes et les règles n’étaient pas encore signées. 6
- L’AFC/M23 est exclu tant qu’il reste armé et contrôle des territoires dans l’est. 25
- Le C64 et le Cadre de Concertation ont rejeté le processus les 28 et 29 août. 31011
- Les États-Unis ont publiquement salué l’initiative. 910
Ce que l’on ignore
- Les sources ne font encore état d’aucun comité d’organisation, d’aucune liste de participants, d’aucun ordre du jour ni d’aucun mécanisme de suivi vérifiés.
- Les sources ne corroborent ni la taille de la coalition, ni les noms de responsables du boycott autres qu’Edeba, ni les projets de marche.
La suite
- Les ordonnances présidentielles non publiées instaureront-elles un cadre crédiblement neutre ou confirmeront-elles les accusations de tutelle ?
- Le dialogue peut-il produire des décisions exécutoires alors que l’est reste hors de sa portée ?
Sources
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Sources citées
- Opposition boycott tests Tshisekedi’s national dialogue
- Congo’s president calls for national dialogue to ease tensions, rebels excluded | CNBC Africa
- Dialogue national : Joseph Edeba de la C64 rejette l’initiative de Félix Tshisekedi et dénonce une « consultation sous tutelle »
- Tshisekedi Launches Three-Month National Dialogue, Rules Out Talks With Armed Groups | ChimpReports
- President Tshisekedi rules out M23 from DR Congo national dialogue - CGTN
- Dialogue national : le calendrier de trois mois décrypté
- DR Congo President Tshisekedi announces three-month national dialogue excluding M23 rebels · Pollar
- DR Congo's Tshisekedi calls for national dialogue that excludes M23 rebels · Vesper
- DR Congo : US hails national dialogue as a key step toward peace | Africa24 TV
- Dialogue national en RDC : Washington salue l’initiative de Tshisekedi, la C64 oppose un « non catégorique » – Congoguardian
- RDC : Le Cadre de Concertation des Forces Politiques et Sociales rejette le dialogue du Président Tshisekedi
Traduction mise à jour le 24 septembre 2026 à 19:27 UTC−5
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