Politique · Responsabilité des manifestants
Le projet de loi français « les casseurs paieront » va au-delà de ceux qui causent des dégradations
Le Sénat a soutenu les restrictions relatives aux contenus en ligne par 219 voix contre 115 et adopté un projet de loi plus large sur l’indemnisation. La portée de la responsabilité solidaire, du recouvrement sur les prestations du foyer et du blocage des plateformes reste incertaine.
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Suivi du dossierJour 7
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219 sénateurs ont voté en faveur de nouveaux pouvoirs permettant d’exiger le retrait de contenus dangereux en ligne ; 115 ont voté contre. Cette majorité a fait passer le projet de loi français « les casseurs paieront » du stade d’une répression annoncée à celui d’un texte approuvé par le Sénat. Mais elle n’a pas transformé ces pouvoirs en loi — et le recul du gouvernement à la dernière minute laisse une question importante en suspens quant à ce que les sénateurs ont exactement approuvé. 24
Le projet de loi plus large pourrait aussi obliger une personne à indemniser des dommages qu’elle n’a pas personnellement causés, certaines prestations du foyer pouvant être saisies pour recouvrer la dette. Le Sénat a adopté ce projet, qui est désormais transmis à l’Assemblée nationale. Le résultat de 219–115 concerne la mesure relative aux contenus en ligne, et non l’ensemble du texte. 4 8 30
Le gouvernement a annoncé ce projet après les violences survenues autour de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions 2026. La mobilisation des lycéens a contribué à accélérer son examen. La commission l’a approuvé le 21 octobre, et les débats en séance ont commencé le 27 octobre selon une procédure accélérée. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a présenté les dispositions en ligne comme une réponse aux dégradations commises autour de manifestations le 17 octobre. Ce sont les raisons avancées par le gouvernement pour légiférer, et non la preuve que les réseaux sociaux eux-mêmes ont causé les troubles. 4 6 24
Un ordre de retrait n’est pas une coupure
La procédure ordinaire concernant les contenus en ligne étendrait le champ d’application de Pharos, le système de signalement des contenus illégaux sur internet. Les autorités pourraient exiger le retrait d’incitations manifestement illégales — notamment des appels à la violence, au vol, à la destruction et aux dégradations de biens — susceptibles de provoquer de graves troubles à l’ordre public. Les plateformes auraient 24 heures pour agir avant que les autorités puissent demander un blocage ou un déréférencement. 24 26
Nuñez a donné cette assurance aux sénateurs, traduite du français :
Nous ne parlons pas de fermer les réseaux sociaux ; nous parlons simplement d’utiliser le système Pharos pour retirer des contenus.
Cette distinction est importante, mais elle ne dissipe pas les inquiétudes. Supprimer une publication, rendre un site plus difficile à trouver dans les moteurs de recherche et interrompre l’accès sont des interventions différentes. Un blocage peut avoir des effets bien plus larges que le contenu illégal initial. Rien ne prouve qu’il existe un pouvoir général permettant de couper tous les réseaux sociaux ; mais l’assurance du ministre ne dispense pas d’examiner les pouvoirs de blocage et les garanties prévues. 24 26
Le gouvernement avait initialement proposé une procédure plus rapide pour les appels à une attaque, à une insurrection ou à prendre les armes contre l’État ou une partie de la population. Les plateformes n’auraient eu qu’une heure pour retirer le contenu avant que les autorités puissent demander un blocage et un déréférencement. La dépêche AFP du 27 octobre au soir, publiée par Notre Temps, indique que le gouvernement a abandonné cette procédure à la dernière minute après que Nuñez a soulevé des préoccupations relatives à la Constitution et au droit européen. 24 26
Mais les documents disponibles ne concordent pas. Le Sénat indique que l’amendement gouvernemental 94 rectifié bis et un amendement identique, le 50 rectifié sexies, ont été adoptés ensemble le 27 octobre. La page publiée pour l’amendement 50, porté par le sénateur Damien Michallet et marqué comme adopté, décrit toujours le mécanisme d’une heure dans son exposé des motifs. En l’absence du texte consolidé complet du Sénat, cela ne peut être considéré de manière responsable comme la preuve que le pouvoir d’urgence a été maintenu — ni comme la confirmation de sa suppression. 26 32
L’amendement 50 prévoit également des sanctions importantes contre les hébergeurs qui ne retirent pas, dans les 24 heures, les contenus manifestement concernés : six mois d’emprisonnement et une amende de €150,000. L’amende d’une entreprise pourrait atteindre 2% de son chiffre d’affaires mondial hors taxes de l’année précédente, avec, en outre, une interdiction d’exercer l’activité concernée pendant une durée maximale de cinq ans. Il s’agit de dispositions figurant dans l’amendement, et non de droit en vigueur ou d’un compte rendu entièrement vérifié du texte définitif. 26
La droite, la plupart des centristes et le Rassemblement national ont soutenu la mesure relative aux contenus en ligne ; la gauche s’y est opposée. Michallet l’a défendue en affirmant qu’elle désarmait les délinquants qui utilisent les réseaux. L’écologiste Thomas Dossus l’a qualifiée de restriction disproportionnée à la liberté d’expression, tandis que le communiste Fabien Gay a averti qu’un gouvernement autoritaire pourrait s’en servir pour contrôler les mouvements sociaux. Certains sénateurs de droite et du centre ont également mis en doute sa proportionnalité. 24
Qui paie les dégâts causés par quelqu’un d’autre
Le mécanisme d’indemnisation ne concerne pas seulement la personne qui a brisé la vitrine. Selon la description faite lors de l’examen, un juge pourrait imposer une responsabilité civile solidaire à une personne qui a sciemment participé à un groupe constitué pour causer des dégradations, ou qui est restée dans un rassemblement après deux sommations de la police de se disperser. Cette personne pourrait donc faire l’objet d’une demande d’indemnisation sans avoir personnellement causé le préjudice. Il s’agit d’un mécanisme proposé de recouvrement civil, et non d’une mise en cause automatique de toute personne participant à une manifestation. 4
Le plafond retenu lors de l’examen était de €10,000. Les sénateurs ont rejeté un amendement visant à le porter à €20,000. Cela ne signifie pas que chaque manifestant devrait €10,000 : un juge statuerait sur la responsabilité au regard des conditions proposées. Les conditions précises du texte définitif doivent encore être vérifiées à partir du texte consolidé. 4 5
Une garantie pourrait avoir des conséquences particulièrement importantes. La commission a prévu une protection pour les personnes ayant une raison légitime de rester, en citant notamment les journalistes, les observateurs et les personnels médicaux. Le gouvernement a voulu limiter cette protection aux journalistes professionnels. Il n’a pas été établi quelle formulation a été retenue. Rester pour documenter un événement ou soigner une personne blessée est manifestement différent du fait de rejoindre un groupe pour dégrader des biens ; il appartient au texte de loi de déterminer comment cette distinction est protégée. 4
La portée financière s’étend au foyer. Lors de l’examen, les prestations susceptibles d’être recouvrées comprenaient les aides au logement et les allocations familiales. La commission a ajouté le revenu de solidarité active (RSA), tout en permettant de conserver un montant minimum pour vivre. Les sommes destinées au loyer, aux enfants et aux dépenses courantes pourraient ainsi être saisies pour rembourser une dette d’indemnisation. 4
Les informations publiées après l’adoption confirment que le recouvrement sur les prestations est resté dans le projet de loi. Cependant, un amendement tardif de la commission, A-1, daté du 28 octobre et marqué comme adopté, a réécrit l’article 4. La liste antérieure des prestations et la protection du revenu minimum ne peuvent pas être reprises simplement comme version définitive du texte du Sénat. 30 31
Les opposants estiment que la responsabilité solidaire dissuade les manifestations légales en exposant les participants à une dette pour les actes d’autrui, et que la saisie des prestations étend les conséquences à toute une famille. Les sénateurs ont rejeté la motion formelle de Gay contestant la recevabilité constitutionnelle du projet de loi. Cette décision parlementaire n’a pas tranché les questions constitutionnelles liées à la responsabilité individuelle ou à la liberté de se réunir, de s’exprimer et de manifester. 6
Le Sénat a également approuvé des interdictions individuelles de manifester imposées par les préfets à des personnes considérées comme particulièrement violentes, même en l’absence de condamnation antérieure. Le dispositif plus large de la commission comprenait un assouplissement des restrictions sur les drones lors des manifestations et la possibilité d’exclure de France des étrangers condamnés pour certaines infractions graves. Ces ajouts soulignent à quel point le texte va au-delà du recouvrement des frais de réparation. 4 24
La jurisprudence joue dans les deux sens
La France a déjà été avertie des coûts liés au blocage d’un service entier. Le 1er avril 2025, le Conseil d’État a jugé illégale l’interruption de TikTok en Nouvelle-Calédonie décidée en mai 2024 par le gouvernement de Gabriel Attal. La décision n’a toutefois pas interdit toute coupure administrative exceptionnelle. Elle a admis que les émeutes violentes pouvaient justifier une interruption temporaire initiale lorsqu’aucune solution technique de remplacement n’était immédiatement disponible. 13 14
Le défaut tenait à une coupure totale et indéfinie, simplement liée à la persistance de troubles à l’ordre public. Le tribunal a posé trois conditions : la suspension doit être indispensable pour faire face à des événements particulièrement graves ; aucune solution technique de remplacement immédiatement disponible ne doit porter moins atteinte aux droits ; et le blocage ne doit durer que le temps nécessaire pour identifier et mettre en œuvre des solutions de remplacement. Restreindre certaines fonctionnalités en coopération avec le fournisseur pourrait constituer une telle solution. 14
En temps normal, la suspension d’un service en ligne nécessite une base légale. Des circonstances exceptionnelles peuvent autoriser une action urgente lorsque les pouvoirs ordinaires et d’urgence sont insuffisants, sous réserve d’un contrôle juridictionnel administratif. Le tribunal a souligné les conséquences pour la liberté d’expression, l’accès aux idées, la vie privée et familiale et l’activité professionnelle. 14
Le droit européen est également plus précis que ne le laisse entendre l’affirmation simpliste selon laquelle les gouvernements nationaux ne peuvent pas intervenir. L’article 51(3)(b) du règlement sur les services numériques prévoit une voie judiciaire permettant des restrictions temporaires d’accès lorsque les autres pouvoirs d’exécution ont été épuisés. L’infraction qui se poursuit doit causer un préjudice grave auquel il ne peut être remédié autrement, constituer une infraction pénale menaçant la vie ou la sécurité des personnes, et survenir après le non-respect d’exigences d’exécution antérieures. Les restrictions doivent être proportionnées et éviter de couper indûment l’accès à des informations licites. 35
L’article 56 confère à la Commission européenne un pouvoir exclusif d’exécution pour un ensemble défini d’obligations imposées aux très grandes plateformes et aux moteurs de recherche — et non pour toutes les obligations ou toutes les mesures nationales de blocage envisageables. Pour les autres obligations, le pays où le fournisseur a son principal établissement peut conserver des pouvoirs d’exécution, sauf si la Commission a engagé une procédure concernant la même infraction. Ces distinctions ne suffisent pas, à elles seules, à établir si le mécanisme proposé par la France est conforme au droit de l’UE. 35
La prochaine étape est l’Assemblée nationale, sans date de débat vérifiée. Pour pouvoir définir définitivement la portée du texte adopté par le Sénat, son texte consolidé devra résoudre l’écart entre une heure et 24 heures, préciser les garanties contre le blocage, la protection des observateurs ayant un motif légitime de rester et les prestations susceptibles d’être recouvrées. « Les casseurs paieront » est un slogan simple. Une loi qui touche des personnes n’ayant causé aucun dommage, les moyens de subsistance d’un foyer et l’accès à des informations licites exige bien plus de précision.
Tel que diffusé 31 lignes
- French senators voted 219 to 115 for new online-content restrictions. The wider bill could make participants pay for damage someone else caused, with household benefits exposed. It still has to become law. How far would these new powers reach?
- The Senate has passed the wider compensation bill under an accelerated procedure. Committee approval came on October 21, followed by the opening of chamber debate on October 27. Its next destination is the National Assembly.
- The government announced the proposal after violence surrounding Paris Saint-Germain’s 2026 Champions League victory. School-student mobilisation then helped accelerate its examination. Interior Minister Laurent Nuñez presented the online measure as a response to damage around demonstrations on October 17.
- Nuñez says the government wants to use Pharos, the system for reporting unlawful internet material, to remove dangerous posts. He told senators that calls to insurrection were circulating and defended a wider power to demand their removal.
- The ordinary route targets clearly unlawful incitement that could cause a serious public-order disturbance. That includes calls to violence, theft, destruction and property damage. Authorities would request removal, and platforms would have 24 hours to act.
- If a platform leaves covered content available beyond 24 hours, authorities could seek blocking or delisting. Delisting makes a site harder to find through search. Blocking interrupts access, potentially affecting much more than the original post.
- The government also proposed a faster route for calls to an attack, insurrection or taking up arms against the state or part of the population. It would have allowed just one hour for removal before authorities could seek blocking and delisting.
- The government reportedly dropped that one-hour route after Nuñez raised constitutional and European-law concerns. But an amendment the Senate lists as adopted still describes it. The final combined text needs to clarify which version survived.
- The Senate records the government amendment and an identical proposal led by Senator Damien Michallet as adopted together. Michallet’s published amendment retains the emergency explanation. It also contains substantial penalties for hosting providers that fail to remove covered content within 24 hours.
- That amendment sets six months’ imprisonment and a fine of 150,000 euros. For a company, the fine could reach two percent of its previous year’s worldwide turnover, before tax. These penalties appear in the amendment and aren't in force.
- Companies could also face a ban on the relevant business activity for up to five years. The unresolved final wording prevents treating every provision on that amendment page as the definitive Senate package.
- Michallet defended the measure as disarming offenders’ use of networks. Ecologist Thomas Dossus called it a disproportionate restriction on freedom of expression. Communist Fabien Gay warned that an authoritarian government could use it to control social movements.
- The right, most centrists and the National Rally supported the online measure. The left opposed it. Some right-wing and centrist senators also questioned whether the restrictions were proportionate.
- The compensation provisions could reach someone who never broke a window. A judge could impose shared civil responsibility on a person who knowingly joined a group formed to cause damage, or stayed after two police orders to disperse.
- That would let authorities seek compensation beyond the individual who directly caused the loss. Opponents argue that a participant could end up sharing a debt for another person’s actions, discouraging people from demonstrating.
- The ceiling during examination was 10,000 euros. Senators rejected an amendment to raise it to 20,000 euros. A judge would decide liability under the proposed conditions, so the figure wouldn't automatically become a debt owed by every demonstrator.
- Senators rejected a formal motion challenging the bill’s constitutional admissibility. That parliamentary vote leaves the constitutional arguments open to judicial scrutiny. The dispute includes personal responsibility and the freedoms to assemble, speak and demonstrate.
- The committee offered protection for people with a legitimate reason to remain, including journalists, observers and medical workers. The government sought to narrow that protection to professional journalists. Which wording survived still needs clarification in the final text.
- The bill would also make certain social benefits available to recover compensation debts. During examination, that included housing assistance and family allowances. The committee added the RSA minimum-income benefit, while allowing the possibility of leaving recipients a minimum amount to live on.
- Recovery from benefits remained in the adopted bill, but a late rewrite changed the relevant article. The earlier benefit list and minimum-income protection therefore need checking against the final wording. Money used for rent, children and basic living costs is at stake.
- The Senate also approved individual protest bans that prefects could impose on people considered particularly violent, even without a prior conviction. The committee’s broader package included loosening drone restrictions at demonstrations and possible exclusion from France for foreigners convicted of specified serious offences.
- France has already faced a court challenge over shutting down a social network. The precedent concerns New Caledonia, where the government interrupted TikTok during violent riots in May 2024. The Conseil d’État ruled that shutdown unlawful on April 1, 2025.
- Gabriel Attal’s government had ordered a complete interruption for an indefinite period. The court accepted that exceptional violence could justify an initial temporary suspension when no technical alternative was immediately available. Continuing public-order problems alone couldn't justify keeping it blocked.
- The court said continued blocking had to depend on the inability to introduce less restrictive alternatives. Those could include working with the provider to restrict particular functions. A total shutdown affects expression and access to ideas, alongside private life and business activity.
- The court set three requirements. A suspension must be essential to confront particularly serious events. No immediately available technical alternative can interfere less with rights. And blocking must last only as long as needed to identify and implement alternatives.
- Administrative judges can review such action. Ordinarily, suspending an online service requires a legal basis. Exceptional circumstances can permit urgent action when ordinary and emergency powers are insufficient. Separately, the 1955 state-of-emergency law allows suspension of services inciting or glorifying terrorism.
- The Digital Services Act also provides a judicial route to temporary access restrictions. Authorities must first exhaust other enforcement powers. The continuing infringement must cause serious harm that can't otherwise be avoided, and involve a criminal offence threatening people’s life or safety.
- The provider must also have failed to comply sufficiently with earlier enforcement requirements. Any restriction must be proportionate and avoid unduly cutting off lawful information.
- The European Commission alone enforces a specified set of obligations for very large platforms and search engines. For other obligations, the country of the provider’s main establishment can retain enforcement powers unless the Commission has opened proceedings over the same infringement.
- Those rules don't by themselves decide whether the proposed French mechanism complies with European law. The one-hour conflict and the final safeguards for blocking, legitimate observers and household subsistence still need resolving in the combined Senate text.
- The Senate has advanced a 24-hour removal route and a compensation mechanism reaching beyond the person who directly caused damage. Further parliamentary consideration will determine their final reach. The National Assembly is next, with no confirmed date for its debate.
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