Reportage
Le Liban met à l’épreuve une trêve fragile : l’armée entre à Zawtar après le retrait israélien
Trois villages, un déploiement de l’armée et un drapeau dans les décombres : au cœur de Zawtar al-Gharbiyeh, premier test d’un cadre négocié par les États-Unis sur le retrait israélien et le retour des Libanais.
Traduit de l’original anglais.
Vidéo en langue originale
Transcription · CHARGEMENT
Trois villages. Dans une bande frontalière où des rues entières ont été rasées et où des dizaines de milliers de personnes restent déplacées, c’est à cette échelle que le Liban et Israël ont convenu de tester s’il est possible de faire reculer la guerre — maison après maison, colline après colline 56.
Les villages sont Froun, Srifa et Zawtar al-Gharbiya, désignés par France 24, qui cite le département d’État américain, comme les premiers sites concernés par un cadre trilatéral convenu en juin entre Israël, le Liban et les États-Unis 6. Parmi les trois, un seul est jusqu’à présent devenu le centre visible de l’expérience : Zawtar al-Gharbiyeh, dans le sud, dont le nom s’écrit aussi Zawtar Al Gharbiyeh et Zawtar al-Gharbiya dans différents articles 256.
Les 20 et 21 juillet 2026, l’armée libanaise s’est déployée à Zawtar al-Gharbiyeh après le retrait des forces israéliennes de la zone, dans ce qu’Al Jazeera et d’autres médias ont décrit comme le début de la prise en charge d’une zone pilote dans le sud 510. Le déploiement a été présenté comme la première mise en œuvre du cadre : les soldats libanais sont entrés mardi 21 juillet, après le retrait israélien 5. Arab News et Aaj English TV ont également présenté cette opération comme le premier test de l’accord négocié par les États-Unis sur le retrait israélien et le déploiement de l’armée libanaise 47.
Il convient toutefois de nuancer l’ampleur de ce premier test. Des responsables libanais ont indiqué que deux des trois villages cités ne comptaient déjà aucune présence militaire israélienne, ce qui laisse entendre que le projet pilote n’a pas commencé par trois retraits comparables 9. Arab News a rapporté que Zawtar Al-Gharbiyah elle-même n’avait pas été occupée de façon permanente par les forces israéliennes au cours du conflit récent, même si des soldats israéliens étaient entrés dans la ville par intermittence 4. Autrement dit, l’armée ne reprenait pas une ville-garnison occupée ; elle s’installait plutôt dans une zone disputée que les forces israéliennes avaient utilisée avant de la quitter 49.
Cette distinction est importante, car Washington présente les zones pilotes sous un angle différent. Le département d’État américain a déclaré que la mise en œuvre des zones pilotes dans le cadre convenu en juin avait commencé, une formulation qui implique un processus structuré et progressif plutôt qu’un retrait ponctuel 9. France 24, citant le département d’État, a décrit le cadre comme permettant un retrait israélien progressif et le désarmement du Hezbollah 6. Le déploiement de l’armée libanaise à Zawtar a donc été présenté dès le départ à la fois comme un transfert de responsabilité sécuritaire et comme un signal politique sur le désarmement dans le sud 69.
Un drapeau planté dans les décombres
Le signal a été donné en personne le lendemain. Le premier ministre Nawaf Salam s’est rendu dans le village le mercredi 22 juillet, lors d’une visite couverte par l’Associated Press et les médias du gouvernement libanais 28. Une photo diffusée par le bureau de presse du gouvernement libanais le montre en train de hisser un drapeau libanais au milieu de bâtiments éventrés 2.
Lors de sa visite, Salam a salué le début du retrait israélien 8. Il a déclaré que le retour de la vie dans le sud du Liban était un objectif national auquel l’État était résolu 8. Le choix des mots était délibéré : il ne s’agissait pas d’une mission accomplie, mais d’un début ; pas seulement de reconstruction, mais de retour — des habitants, des écoles, des commerces et de l’autorité municipale — comme mesure du rétablissement de la souveraineté 811.
Les 28 et 29 juillet, ce retour avait commencé, du moins sous sa forme la plus fragile. Selon un reportage de l’AP consacré aux retours, des habitants ont commencé à revenir dans leurs maisons détruites dans le cadre de l’accord 3. Mahasen Faqih et Mohammed Sobeih, un couple photographié le 28 juillet dans les décombres de sa maison, en faisaient partie 3. Leur présence illustre le paradoxe du projet pilote : le retour a lieu, mais il reste peu de choses intactes où revenir, et rien ne garantit encore la sécurité que le déploiement de l’armée libanaise pourra assurer une fois que les familles dormiront dans des maisons exposées 310.
Pour Beyrouth, le déploiement répond à une revendication de longue date : que ce soit l’État, et non une faction armée, qui contrôle le sud. Pour Israël, le projet pilote permet de tester si un retrait progressif peut s’accompagner du désarmement du Hezbollah sans créer de vide 6. Pour Washington, les trois villages constituent une démonstration de faisabilité circonscrite avant toute tentative plus large le long de la Ligne bleue 69. Aucune de ces attentes n’a encore été satisfaite à Zawtar ; elles reposent désormais toutes sur ce village 11.
C’est pourquoi le geste symbolique du drapeau a suscité à la fois de l’attention et du scepticisme. Une analyse publiée après la visite de Salam relevait que, derrière le symbole du drapeau libanais planté dans les décombres, les doutes persistent quant au plan de paix américain 11. La position du président Joseph Aoun était évoquée dans cette couverture, même si l’extrait fourni ne contient pas sa déclaration complète 11. Le doute est structurel, et non personnel : le déploiement ponctuel de l’armée dans une ville qui n’était pas occupée en permanence ne peut à lui seul prouver que le retrait progressif et le désarmement tiendront ailleurs sous le feu 4911.
Le sud du Liban reste une mosaïque de logements détruits, de munitions non explosées, de services absents et d’autorités rivales. Le fait que l’armée soit entrée à Zawtar al-Gharbiyeh après le retrait israélien est vérifiable et important 510. Cela ne permet pas d’établir si les civils pourront rester, si la reconstruction suivra l’arrivée des soldats, ni si l’arsenal du Hezbollah dans les zones pilotes et autour de celles-ci sera effectivement retiré comme le prévoit le cadre 69.
Le dossier de sources de cet article rappelle également les limites des informations disponibles. Les détails qui circulent sur le nombre exact de familles revenues, le nombre de maisons détruites et la situation dans les villages voisins n’ont pas pu être vérifiés à partir des textes fournis, notamment le reportage tronqué de l’AP sur le couple de retour 3. Cet article ne reprend pas ces chiffres comme des faits. On peut dire que le retour a commencé pour au moins certains habitants, que les destructions sont suffisamment importantes pour avoir servi de toile de fond à une cérémonie de levée du drapeau par le premier ministre, et que le projet pilote est explicitement décrit comme un premier test, et non comme un transfert achevé vers une vie normale 2348.
Ce que l’on sait
- L’armée libanaise s’est déployée à Zawtar al-Gharbiyeh le 21 juillet, après le retrait israélien. 5
- Trois villages — Froun, Srifa et Zawtar al-Gharbiya — ont été désignés comme premières zones pilotes. 6
- Le premier ministre Nawaf Salam s’est rendu sur place le 22 juillet et a hissé un drapeau libanais dans les décombres. 2
Ce que l’on ignore
- Aucun chiffre total vérifié concernant les familles de retour, les maisons détruites ou la situation sécuritaire dans les villages voisins.
- Aucune confirmation publique à ce jour que le retrait progressif et le désarmement se poursuivent au-delà du déploiement initial.
La suite
- Les habitants revenus fin juillet pourront-ils rester au cours des prochaines semaines ?
- Le cadre sera-t-il étendu au-delà de Zawtar, à Froun, Srifa et à d’autres zones du sud ?
Sources
Consultez les éléments à l’appui de ce reportage. La carte montre leurs liens ; les liens ci-dessous ouvrent les sources citées dans cet article.
La carte des sources se charge pendant votre lecture.
Explorer la carte complète de la rédaction ↗
Sources citées
- Lebanon: 15 Families Return to Destroyed Village in First Pilot Handover
- Lebanon's prime minister tours shattered village, calls for Israeli withdrawal | AP News
- This Lebanese couple is among those returning to shattered homes under US-brokered deal with Israel
- Arab News | Zawtar Al-Gharbiyah becomes first test of Israeli withdrawal and Lebanese army deployment in south Lebanon
- Lebanon’s military starts ‘pilot zone’ takeover in south | Israel attacks Lebanon News | Al Jazeera
- Lebanese army deploys to three southern villages under US-backed security framework - France 24
- Lebanese army enters southern town after Israeli withdrawal, in first test of US-brokered deal - World - Aaj English TV
- Lebanese PM hails 'beginning of Israeli withdrawal' from country in visit to pilot zone | The National
- Israeli withdrawal from south Lebanon 'pilot zones' has begun, US says | The National
- Lebanese army enters Zawtar Al Gharbiyeh after Israeli withdrawal under pilot scheme | The National
- Behind symbolism of Lebanon's flag-planting, doubts persist over US peace plan | The National
Traduction mise à jour le 24 septembre 2026 à 17:14 UTC−5
Historique des révisions
- r1Première publication.