Santé · Les soins au-delà d’EbolaDossier en cours · reportage 13 sur 14
La peur d’Ebola éloigne les familles des maternités et des services de soins aux enfants au Congo
Dans une clinique de Butembo, le nombre d’accouchements est passé d’environ 50 par mois à tout juste 15. Dans l’ensemble de la zone touchée par l’épidémie, la perte des soins courants devient une urgence à part entière.
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Avant
3,000 morts et aucun vaccin : Ebola dépasse les secours dans l’est du CongoCe que nous disions encore en suspens
Aucun décompte de cas vérifié de manière indépendante, aucune date précise de début en mai, aucune identité spécifique de la souche ni aucun lieu de la flambée situé à 40 kilomètres.
Encore en suspensL’OMS confirme que le virus est celui de Bundibugyo, et un décompte des cas attribué au ministère et daté du 4 octobre, ainsi que la date de la déclaration du 15 mai, sont disponibles. Le bilan actuel exact vérifié de manière indépendante, la date de la première transmission et l’identification du lieu de la flambée restent inconnus. 283224
Quels groupes armés contrôlent les villages bloqués, et quels déficits de financement limitent le personnel et les fournitures.
Encore en suspensLes informations disponibles n’établissent toujours pas quels groupes armés contrôlaient certains villages bloqués ni quels déficits de financement précis limitaient le personnel et les fournitures.
Les équipes d’intervention peuvent-elles atteindre la zone de flambée, située à 40 kilomètres de Mangualu, avant que de nouvelles chaînes de transmission ne s’y amorcent ?
Encore en suspensAucune identification vérifiée de la zone de flambée décrite comme se trouvant à 40 kilomètres, ni aucune preuve que les équipes d’intervention l’aient atteinte.
La protection des agents de santé et le matériel de base des cliniques arriveront-ils avant que d’autres membres du personnel ne soient perdus ?
Encore en suspensRien ne permet d’établir que les équipements de protection, le matériel de base pour les cliniques et une protection efficace des agents de santé évoqués en septembre ont été reçus.
Maintenant
Dans une clinique de Butembo, le nombre d’accouchements est passé d’environ 50 par mois à tout juste 15. Dans l’ensemble de la zone touchée par l’épidémie, la perte des soins courants devient une urgence à part entière.
À Masiki Health Center, à Butembo, à peine 15 femmes par mois accouchent, contre environ 50 avant l’épidémie d’Ebola. L’infirmière en chef Liliane Adronga a décrit cette baisse à Reuters : un service de maternité qui perd des patientes alors qu’une urgence liée à une maladie infectieuse sévit autour de lui. 1
À ce niveau bas rapporté, Masiki enregistrait environ 35 accouchements de moins par mois, soit quelque 70% de moins que son niveau de référence approximatif. Cela ne signifie pas que le nombre de naissances a baissé de 70%. Cela ne prouve pas non plus que toutes les femmes absentes du registre de cette clinique aient accouché sans assistance médicale. On ignore où ces femmes ont finalement reçu des soins. 1
Cette distinction est importante, mais elle ne rend pas l’alerte moins grave. Dans son article du 14 octobre 2026, Reuters décrit la peur liée à Ebola qui éloigne certaines familles de l’est de la République démocratique du Congo des maternités, des soins pédiatriques et des vaccinations infantiles de routine. Le pédiatre de Butembo Mupenzi Muvere cite également la peur des parents comme un obstacle aux soins ; aucune baisse précise de la fréquentation des services pédiatriques n’est établie. 1
Le 15 septembre, nous faisions état de plus de 3,000 décès dus à Ebola et d’une épidémie incontrôlée autour d’un lieu alors appelé Mangualu. Le 29 août, nous avions rapporté que l’épidémie s’était étendue à 60 zones de santé et que l’adéquation d’un vaccin restait incertaine. Le dernier article de Reuters décrit sept provinces touchées, plus de 8,000 infections et plus de 4,000 décès, les responsables affirmant que l’épidémie est loin d’être maîtrisée. Il s’agit de seuils généraux, et non de bilans exacts au 14 octobre. 1
Au 4 octobre, un bilan national daté faisait déjà état de 8,603 cas confirmés et de 4,148 décès confirmés, selon un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations citant le ministère congolais de la Santé. Cela établit l’ampleur de l’urgence, pas son bilan définitif à ce jour. Le nouvel enjeu est la perte des soins courants, en plus des infections elles-mêmes. 32
Des lieux différents, des signes d’alerte convergents
Masiki se trouve à Butembo, dans le Nord-Kivu. Les comparaisons provinciales sur les décès maternels et la vaccination rapportées par Reuters concernent l’Ituri. Ces indicateurs éclairent une perturbation plus générale, mais ne portent pas sur les mêmes patientes : le nombre d’accouchements à Butembo ne peut expliquer la mortalité maternelle dans l’ensemble de l’Ituri. 1
En Ituri, les décès maternels auraient augmenté de près de 70% entre mai et juillet, par rapport aux mêmes mois un an plus tôt, selon des données de l’ONU citées par Reuters. Il s’agit d’une comparaison des décès sur une période antérieure, pas d’une nouvelle mesure des conditions en octobre. Les nombres de décès sous-jacents et le degré d’exhaustivité des déclarations ne sont pas disponibles ; en l’absence de dénominateur des naissances, ces données ne doivent pas être reformulées comme un ratio de mortalité maternelle. 1
Cette hausse ne peut pas non plus être attribuée entièrement à la peur. Les éléments disponibles ne distinguent pas les décès associés à une infection par Ebola, à un traitement retardé, à la perturbation des services ou à d’autres causes. Les observations locales aident à comprendre pourquoi l’accès aux soins est sous pression ; elles ne permettent pas d’attribuer une cause à chaque décès supplémentaire.
Selon Reuters, l’UNICEF indique que les établissements de l’Ituri ont administré 23,000 doses de vaccin de routine de moins en mai et juin qu’en avril. La formulation disponible ne précise pas si les mois ont été comparés séparément, moyennés ou regroupés par rapport à un niveau de référence établi en avril. Il ne serait pas responsable d’en conclure qu’il y en a eu « 23,000 de moins chaque mois ». Il s’agit de doses de routine, et non de vaccins contre Ebola, et le nombre de doses ne correspond pas au nombre d’enfants. 1
Les chiffres de la clinique et les deux comparaisons pour l’Ituri reposent sur les reportages de terrain de Reuters. D’autres documents accessibles confirment une perturbation plus générale des services, mais ne fournissent pas les tableaux à l’origine de ces mesures précises.
Un rapport antérieur de l’UNICEF faisait état d’une baisse de 42% de l’utilisation des services de santé essentiels entre avril et juin dans les principaux foyers de l’épidémie. Il citait parmi les services sous pression la vaccination des enfants, les soins prénatals et les accouchements en établissement de santé. En l’absence de données complètes sur la couverture géographique et la méthode de calcul, ce pourcentage ne peut être attribué à chaque service ni à l’ensemble de l’est du Congo. 21 10
Dans son évaluation de juillet, l’UNFPA a par ailleurs fait état d’une hausse de 65% des décès maternels en Ituri au cours des dix semaines précédentes, sans toutefois préciser, dans le texte accessible, la période de comparaison. Ce chiffre ne peut donc pas être considéré comme un point antérieur de la même tendance que la hausse annuelle de près de 70% rapportée par Reuters. L’UNFPA estimait également que 63,700 femmes enceintes vivaient dans les zones touchées — et non que toutes étaient infectées ou évitaient les soins. 20
Un récit antérieur donne un nom à cette perturbation. En août, le Los Angeles Times décrivait Esther Lutula, alors enceinte de quatre mois et vivant à Bunia, comme ayant interrompu ses consultations prénatales en raison de l’épidémie. L’issue de sa grossesse n’est pas connue. L’interruption de ses soins est une expérience datée, pas une affirmation sur son état actuel. 15
Pas de traitement spécifique, mais des soins toujours essentiels
L’OMS identifie le virus responsable de l’épidémie comme étant le Bundibugyo et confirme l’épidémie au Congo et en Ouganda en mai 2026. La déclaration officielle de l’épidémie est datée du 15 mai ; l’OMS indique également que l’urgence de santé publique internationale a été déclarée à cette date. Aucune de ces dates ne fixe le moment de la première infection ni celui du début de la transmission. 28 24 27
Dans ses directives sur l’épidémie, l’OMS indique qu’il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre le virus Bundibugyo concerné, tandis que des candidats prometteurs sont à l’essai. On ne peut pas présumer qu’un vaccin approuvé contre un autre virus Ebola protège contre celui-ci. Mais notre formulation antérieure, « pas de vaccin ni de médicament », doit être assortie d’une importante précision : cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de soins médicaux utiles. 28
Des soins de soutien intensifs précoces, comprenant la réhydratation et le traitement des symptômes, améliorent les chances de survie.
Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, Ebola se transmet généralement par contact direct avec le sang et d’autres liquides corporels. La prévention des infections dans les établissements de santé est donc essentielle. Toutefois, aucune évaluation de la sécurité de l’établissement ni aucun compte rendu vérifié des mesures de protection opérationnelles de Masiki ne sont disponibles ici. Dire que l’inquiétude des familles est injustifiée irait au-delà de ce que permettent d’affirmer les preuves. 36
Il ne s’agit pas simplement de convaincre les gens de revenir. Il faut rendre accessibles les soins de maternité, les soins aux enfants et les soins liés à l’épidémie, en temps voulu et avec des mesures de protection crédibles. Les consultations prénatales manquées suppriment des occasions de détecter des complications de grossesse ; les vaccinations manquées exposent les enfants à d’autres maladies. Aucun décompte vérifié des décès non liés à Ebola ou des préjudices à long terme qui en auraient résulté n’est établi.
Ce qui reste sans réponse depuis septembre
Certaines lacunes relevées en septembre peuvent désormais être réduites, mais pas comblées. Même le nom du lieu doit être traité avec prudence : notre article précédent employait Mangualu, tandis que les documents de l’OMS désignent Mongbwalu comme une zone de santé initialement touchée. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir que toutes les références sont interchangeables. 35
Aucun calendrier concret de rétablissement des services, aucun objectif documenté de rattrapage vaccinal ni aucune reprise vérifiée de la fréquentation des maternités ne sont établis. La prochaine évaluation ne portera pas seulement sur la baisse des infections par Ebola. Il s’agira de savoir si les familles peuvent obtenir des consultations prénatales, des accouchements assistés, des soins pédiatriques et des vaccinations de routine sans devoir choisir entre éviter l’infection et renoncer à des soins essentiels.
Sources et documents à l’appui
Reportage de terrain de Reuters : 1. Articles et résumés de Reuters repris par d’autres médias : Financial Newsletter 2 ; WLMI 3 ; WYSL 4 ; CNBC Africa 12 ; Red Hot Singapore 13 ; Biztoc 14 ; Spot On Texas 16 ; ThePrint 45 ; The Star 46 ; The River 47.
Communiqués de l’UNICEF sur les services essentiels : monde 5 ; États-Unis 6 ; Australie 10 ; Suisse 21 ; republication par un partenaire de l’OMS 22 ; Canada 23 ; Afrique de l’Ouest et centrale 25. Rapports de situation et rapports flash de l’UNICEF : 7 11.
Articles antérieurs sur la maternité : The Independent 9 ; Los Angeles Times 15 ; Jefferson City News Tribune 17. Reportage de Reuters sur le Nord-Kivu 18 ; évaluation d’ACAPS 19.
Mise à jour flash et évaluation de juillet de l’UNFPA : 8 24 20. Rapport de situation de l’OIM 32 ; suivi d’Open Outbreak 31.
Tel que diffusé 22 lignes
- On September 15, we reported more than 3,000 Ebola deaths. Now the toll exceeds 4,000. Some families are also avoiding maternity wards and children's healthcare, losing access to services that protect them from dangers beyond Ebola.
- Can families get essential care while the outbreak continues, and what would it take to restore that access?
- Masiki Health Center is seeing far fewer women come to deliver their babies. The center is in Butembo, in eastern Democratic Republic of the Congo. Head nurse Liliane Adronga says monthly deliveries have fallen sharply during the outbreak.
- Adronga says Masiki handled about 50 deliveries a month before the outbreak. During it, the number has fallen as low as 15. That's about 35 fewer deliveries at the reported low, roughly 70 percent below the earlier level.
- That low tells us how much attendance fell at one facility. We don't know where the women who stayed away eventually delivered. In Butembo, pediatrician Mupenzi Muvere also describes parents' fear of Ebola as a barrier to getting children medical care.
- Butembo sits in North Kivu. The maternal-death and vaccination figures come from another province, Ituri. These places show different parts of the same healthcare disruption. Masiki's delivery count can't tell us what happened to mothers across Ituri.
- Maternal deaths in Ituri reportedly rose nearly 70 percent from May through July compared with the same months a year earlier. That increase concerns deaths during a period that has already ended. It doesn't measure what's happening to mothers this October.
- How much Ebola infection, delayed care or disrupted services contributed to those deaths isn't clear. Fear is keeping some families away, but it can't explain every death on its own. Missed prenatal visits also remove opportunities to identify and treat pregnancy complications before delivery.
- UNICEF says facilities across Ituri gave 23,000 fewer routine vaccine doses in May and June than in April. These vaccinations protect children from other illnesses. The precise calculation behind that comparison is unclear, so it can't be treated as a separate deficit for each month.
- One child can receive several doses, so the number of children affected could be different. Falling routine vaccination leaves children exposed to illnesses beyond Ebola. Catch-up needs depend on which doses were missed and who missed them.
- Essential-health-service use had already fallen 42 percent in primary outbreak hotspots between April and June. A July assessment also recorded a 65 percent rise in Ituri maternal deaths over the preceding ten weeks. Both point to pressure on ordinary care.
- The earlier maternal-death comparison used a different period, and its baseline is unclear. We can't read the two percentages as a worsening trend. The 42 percent service decline covered overall use in hotspots, with immunization, prenatal care and facility births among the services under pressure.
- Esther Lutula stopped attending prenatal checkups amid the outbreak. In August, she was described as four months pregnant and living in Bunia. Her experience shows how fear can interrupt care well before a woman arrives at a maternity ward.
- In July, UNFPA estimated that 63,700 pregnant women lived in affected areas. That gives a sense of how many pregnancies could face service disruption. It doesn't tell us how many women avoided care, and Lutula's later pregnancy outcome hasn't been made public.
- The national count had reached 8,603 confirmed cases and 4,148 confirmed deaths by October 4. Those are dated figures. The current description puts the outbreak across seven provinces, with more than 8,000 people infected and over 4,000 dead.
- Officials say the outbreak is still far from contained. In late August, it had reached 60 health zones across six provinces. Health zones are local administrative areas within provinces. The seven-province figure describes its wider reach now; the exact current case and death totals are still unresolved.
- The outbreak involves Bundibugyo virus, a type of Ebola. It was confirmed in Congo and Uganda in May. The formal outbreak declaration and international public-health-emergency declaration are dated May 15. Transmission may have begun earlier; the first infection date isn't known.
- Promising vaccine and treatment candidates are being tested for Bundibugyo. There's currently no vaccine or specific treatment for this virus. A vaccine approved against a different Ebola virus can't be assumed to protect against the one driving this outbreak.
- Early intensive supportive care improves survival. That includes replacing lost fluids and treating symptoms. The earlier description of an outbreak with no vaccine or medication needs that clarification: patients can still benefit from timely medical care, even without a treatment specific to this virus.
- Ebola usually spreads through direct contact with blood and other bodily fluids. That makes infection prevention essential in healthcare. Families need protection when they seek treatment. Fear, disrupted services and declining confidence are barriers to keeping ordinary care accessible.
- Restoring access requires more than bringing Ebola infections down. Mothers need prenatal visits and assisted deliveries, and children need pediatric treatment and routine immunizations. It's still unclear whether teams reached the surge area 40 kilometers away or protective equipment reached the workers discussed in September.
- Families are already losing access to everyday care alongside the outbreak itself. Whether that access is recovering hasn't been demonstrated. Nobody has announced a concrete timetable for restoring these services or a documented catch-up vaccination target.
Sources
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